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Un jeune Antillais massacré à son domicile par une bande armée à Millau
France > meurtre, gangs
Article posté par Stéphane Bourgoin le Lundi 10 mai 2010
" Un jeune Antillais de 21 ans a été tué, samedi soir, dans son appartement de la place Foch à Millau. Poignardé à quatre reprises, il aurait été victime de la vengeance d’une bande de jeunes d’une cité voisine. Deux autres personnes ont également été blessées durant cette funeste soirée. L’une en sautant par la fenêtre du deuxième étage. L’autre, toujours à l’arme blanche.
Le parquet de Montpellier a été saisi de l’affaire. Et si les policiers millavois ont procédé aux premières constatations, l’enquête est aujourd’hui menée par la PJ de Toulouse. Dans la petite ville sud-aveyronnaise, c’est bien sûr la stupeur et la consternation qui l’emportent.
A Millau (Sud-Aveyron), la place Foch est un petit coin tranquille où, le printemps venu, il fait bon prendre le frais sous des platanes hors d’âge. On y vient aussi pour siroter un demi ou dîner. A deux pas du musée, les petits immeubles surplombent des arcades qui rappellent le passé flamboyant de la ville. C’est là, au coin de la rue de la Capelle que Jean Ronald D’Haïti habitait depuis deux ans. C’est aussi là que ce jeune homme de 21 ans originaire de Saint-Martin (Antilles), est mort, samedi soir, vers 23 heures, poignardé à quatre reprises au niveau de l’abdomen. Vraisemblablement victime d’une expédition punitive sur fond de rivalité entre bandes et, selon certaines sources, de trafic présumé de drogue.
Tout s’est joué en quelques minutes. Il est alors 23 heures quand une dizaine de personnes, encagoulées ou le visage simplement recouvert d’un foulard, fait irruption dans la cage d’escalier. Alertés par le bruit, Jean Ronald d’Haïti et ses amis (trois garçons et une fille également d’origine antillaise) délaissent leur série télé pour s’enfermer à double tour.
Mais les assaillants sont nombreux et déterminés à entrer rapidement dans le petit appartement situé au 2e étage. La porte ne résiste pas longtemps. La suite, c’est un déchaînement de violences insensé. Armés de battes de base-ball, de poings américains ou encore de sabres, ils s’attaquent à tout ce qui bouge. KO debout, l’un des locataires réussit à se réfugier dans les toilettes.
La jeune fille et deux de ses amis sautent par la fenêtre et échouent sur un balcon, un étage plus bas. La jambe fracturée, elle n’ira pas plus loin. L’un des deux fugitifs n’en reste pas là. Il finit par retrouver le plancher des vaches, une horde de sauvages derrière lui. Il sera finalement rattrapé quelques mètres plus loin, place Emma-Calvé. Battu, il est lui aussi blessé de deux coups de couteau, l’un au bras, l’autre à la jambe. Laissé pour mort dans un bain de sang, il serait toutefois hors de danger aujourd’hui.
Pour Jean Ronald, qui n’a pas pu s’échapper, c’est déjà trop tard. « J’ai vu un des gars s’acharner sur lui », explique une voisine. Le locataire du troisième étage lance finalement ses chiens sur les agresseurs qui prennent la fuite. « Je me suis alors rapprochée de lui. Il respirait encore, il bougeait, il s’est tourné vers moi et… »
Un mort, deux blessés graves, deux autres personnes sous le choc et une communauté entière en deuil : le bilan est lourd. Et l’enquête confiée par le parquet de Montpellier à la police judiciaire de Toulouse devra être rondement menée. Hier matin, la ville de Millau bruissait en effet des pires rumeurs. Les victimes auraient reconnu leurs agresseurs et donnaient des noms. Il pourrait s’agir de jeunes gens d’une cité voisine venus se venger après plusieurs incidents.
« Toutes les hypothèses sont ouvertes, insiste pour sa part, le procureur de la République, Patrick Desjardins. En tout état de cause, ce drame s’inscrit dans un climat très lourd. » Si la préméditation était retenue, les auteurs des faits pourraient être poursuivis pour assassinat et se retrouver devant une cour d’assises. En attendant, ils courent toujours.
« Ici, ce n’est quand même pas Chicago ! »
Le maire de la commune appelle au calme et à la retenue
Il y a plusieurs années, un quartier de Millau, petite cité tranquille du Sud-Aveyron, avait été baptisé un peu hâtivement : Chicago ! Une réputation marquée au fer rouge après quelques faits de violence… L’eau ayant beaucoup coulé sous le plus célèbre viaduc du monde, les Millavois avaient fini par oublier cette anecdote.
Jusqu’à samedi soir date à laquelle certains ont vu s’agiter sous leurs yeux des jeunes gens armés de machettes. Il n’en fallait pas plus pour relancer la mauvaise blague dont le maire de la commune se passerait bien volontiers aujourd’hui. « Franchement, explique Guy Durand, je n’aurai pas cru la chose possible à Millau. On parle quand même d’un meurtre. C’est terrible, je suis atterré. »
Tout le monde n’a pas été aussi surpris. Place Foch, théâtre du drame, les langues n’ont pas tardé à se délier dès hier matin : « Vous voulez que je vous dise, c’était à prévoir », avançaient les uns. « Il y avait quelques embrouilles, bien évidemment, mais de là à tuer un jeune. De venir se venger avec des battes de base-ball, des sabres et des couteaux. Millau, c’est quand même pas Chicago », suggéraient les autres. Chicago, on y revient encore.
« Je suis inquiet, c’est un événement particulièrement grave. » Guy Durand ne veut pas céder à la panique pour autant. « Il ne faut pas s’affoler. J’appelle les Millavois au calme et à la retenue. Ce climat de violence ne doit pas s’installer dans la ville. » Par crainte de représailles, d’une communauté sur l’autre, la police s’apprêtait toutefois à intensifier ses rondes. Au cas où… Au même moment, à l’autre bout de la planète, un père apprenait la mort de son fils de 21 ans."
Un article de Dominique MERCADIER et Jérémy BEAUBET.
Source : MIDI-LIBRE (9 mai 2010)

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